1942–1945 : La correspondance des déportés britanniques des îles anglo-normandes 


La déportation de sujets britanniques des îles anglo-normandes en Allemagne

A partir du mois de septembre 1942, quelques 2000 civils britanniques résidents dans les îles anglo-normandes furent déportés et internés en Allemagne. 

Le 15 septembre 1942, le chef de la Feldkommandur 515, l’Oberst Knackfuss, notifia aux autorités des îles la décision de déporter des îles tous les sujets britanniques qui n’y étaient pas nés. Ces personnes rejoignirent la poignée des autres civils des îles anglo-normandes pris dans la tourmente de l’invasion de juin 1940 et qui avaient été détenus sur le continent depuis.

Malgré l’opposition des États et une courageuse manifestation de jeunes gens de Jersey, les premiers déportés quittèrent Jersey le 17 septembre 1942 et Guernesey le 21 septembre 1942. Ils furent emmenés dans des camps situés dans le sud de l’Allemagne.

Certains internés transitèrent en France dans les camps de Compiègne et de Saint Denis (frontstalag).

Quelques déportés séjournèrent en transit six à sept semaines, avant d’arriver à Biberach, au camp de Dorsten (Stalag VIF) dans le nord ouest de l’Allemagne.

Les déportés des  îles anglo-normandes furent regroupés dans six camps réservés aux civils, les Interniertenlager (ILAG) :

Par souci de mémoire, nous signalerons le cas de la dizaine d'insulaires juifs qui malgré l'opposition du bailli de Jersey, Lord Coutanche, furent déportés vers les camps de la mort et dont aucun ne revint.


 L'envoi de courrier aux déportés

Le Comité international de la Croix-Rouge avait recherché et obtenu auprès des belligérants que ces internés civils soit traités comme des prisonniers de guerre. 

Une des conséquences majeures de cet accord résida dans la possibilité de leur envoyer du courrier et d’en recevoir de leur part. Il est à noter que la Croix-Rouge n’était pas en charge ou responsable de ce service postal.

L’article 36 de la convention de Genève de 1929 réglementait la transmission du courrier des prisonniers de guerre. Il assurait l’échange du courrier par la poste, par la route la plus courte et en franchise de port. Durant une grande partie de la guerre, cet échange de courrier fut assuré en Europe par le service postal suisse.


Voies d’acheminement du courrier des déportés

Lorsque les déportations des îles anglo-normandes survinrent, les routes de transmission du courrier étaient bien établies.

Le courrier en provenance de la Grande Bretagne était dans un premier temps censuré par l’autorité militaire britannique, puis remis aux puissances protectrices. Il suivait une route similaire aux messages de la Croix-Rouge, via Lisbonne, la Suisse, Munich ou Frankfort, avant de parvenir aux camps où il était à nouveau censuré.

Le courrier en provenance des îles anglo-normandes était transporté par la Feldpost par voie maritime et continentale via la France, ou plus rarement par voie aérienne, vers l’Allemagne. Il n’était pas censuré dans les îles mais à réception dans les camps.

Le courrier des déportés vers la Grande Bretagne ou les îles anglo-normandes était censuré dans les camps. Il suivait les mêmes routes mais en sens inverse.

Certains courriers reçurent, en outre, des marques complémentaires de censure de bureaux allemands de censure.

Le courrier à destination de la Grande Bretagne était contrôlé à Berlin, Frankfort et Munich, celui vers les îles, à Cologne ou Paris.

Le courrier arrivant en Grande Bretagne était à nouveau censuré, celui remis aux îles était distribué sans retard. 


Les derniers courriers avec les îles (fin de la guerre)

Les liaisons postales entre les îles anglo-normandes et les camps cessèrent en juin 1944 avec le débarquement en Normandie. Du rare courrier a pu être transmis aux îles sous l’égide de la Croix Rouge. Enfin, du courrier a été transporté dans les deux sens par le bateau armé par la Croix-Rouge, le S.S. Vega, en février et mars 1945.

Les lettres qui quittèrent l’Angleterre en avril et mai 1945, n’atteignirent jamais les camps. Elles arrivèrent en Suisse alors que l’Allemagne s’effondrait et que les camps étaient libérés. De tels courriers ont été retournés en Angleterre avec une marque d’instruction portant la mention suivante « Cette lettre / carte postale a été retournée par la poste suisse qui ne peut assurer leur ré-acheminement en Allemagne en raison de l’interruption des communications ».


Pour plus d'informations, sur les conditions de vie dans ces camps, je vous invite à consulter l'excellent site suivant (en anglais) :